Fiction • Le courage de s’écouter
La chaise près de la fenêtre
Ana avait placé la chaise près de la fenêtre sans savoir pourquoi. Chaque matin, elle passait devant en courant : préparer, répondre, organiser, rassurer. La chaise restait vide, baignée d’une lumière qu’elle ne prenait jamais le temps de regarder.
Un dimanche, la maison se tut. Ana s’assit. Elle entendit d’abord les voitures, puis le bruit léger d’une cuillère dans la cuisine voisine. Enfin, elle entendit sa propre fatigue. Elle ne pleura pas tout de suite. Elle posa seulement les mains sur ses genoux et se demanda : « Depuis quand est-ce que je vis sans me demander comment je vais ? »
Cette question ne répara rien d’un coup. Mais le lendemain, elle refusa une chose qu’elle n’avait plus la force de porter. Le mardi, elle appela une amie. Le mercredi, elle revint s’asseoir. La chaise n’était pas magique. Elle était devenue le lieu où Ana cessait de disparaître.
Parfois, reprendre sa place commence par s’asseoir enfin dans sa propre vie.

